
Lassé du décor. Envie de plus de confort. Je déménage pour un blog moins laid. Enfin, il me semble. Je ne suis pas certain que la lecture y soit plus facile. A vous de me le dire. J'aimerais mettre en place un vrai site, mais il me faudrait plusieurs mois de stage, et je n'en ai pas vraiment le temps.
Les aventures continuent donc avec un autre titre : La vie dangereuse. Un peu prétentieux ? Oui, je sais.
Je quitte ces lieux, le coeur gros (c'est ce qu'on dit dans de telles ciconstances!), avec quelques bagages que vous retrouverez dans ma nouvelle demeure et de nouveaux projets( un récit picaresque en plusieurs épisodes pour bientôt...).
par Dan Yack
publié dans :
en chantier
Qu’est-ce qu’un intellectuel ? Je ne suis pas en mesure de dire à quel moment le mot apparaît ou quand il prend le sens qu’on lui donne désormais. Cela relève, il me semble, de la dissertation scolaire et j’ai peu de goût pour ce type d’exercice. En bricolant avec les quelques connaissances qu’il me reste, celles que je n’ai pas encore jetées aux poubelles de la civilisation ou simplement perdues en ne prenant pas garde aux trous dans mes poches, je pourrais évoquer les philosophes des lumières, le courage de ceux qui s’opposèrent à l’esclavage ou à la torture, la figure de Voltaire, celle de Zola dans l’affaire Dreyfus, l’engagement anti-fasciste d’autres. L’intellectuel pourrait se définir alors comme celui qui, face aux circonstances du temps, sort de son retrait, de sa réserve, quitte ses livres, ses écrits pour intervenir dans la sphère publique.
Question récurrente. Question que je me pose à chaque fois que j’aperçois à la télévision ou entends à la radio les mêmes visages, les mêmes voix. Au nom de quoi parlent-t-ils ? Quelle chaire, quels écrits leur donnent cette légitimité ? Le plus souvent pas grand-chose. Pour avoir fréquenter les bancs d’universités parisiennes, j’ai constaté qu’on considérait leurs travaux (pas d’autres mots pour les qualifier) avec le plus grand dédain ou un certain mépris. Quant à leurs ouvrages, ils ont surtout trouvé leur place dans le palmarès des relais H de nos gares. Philosophes d’agrément donc. En charge de ménager les quelques minutes de réflexion nécessaires à leurs compatriotes soucieux surtout de leur pouvoir d’achat. Quelques minutes d’humanité, pensent-ils, arrachées à la « barbarie ».
Mais pourquoi les lit-on ? Pour les mêmes raisons qu’on achète plutôt telle ou telle marque de lessive ou de yaourt, parce qu’ils passent à la télé. Vu à la télé nous dit le bandeau. L’intellectuel de notre temps est celui qui vient nous livrer son point de vue à la télévision. D’ailleurs, il ne lui est plus nécessaire de s’extraire de son refuge, il y est en résidence, à demeure, chaque semaine, dans les programmes où on lui donne la parole.
Que dit-il ? Quelle cause défend-t-il ? Il a défendu souvent des causes justes, dénoncé le stalinisme de Paris, montrer du doigt la purification ethnique dans l’ex-Yougoslavie. Néanmoins, il passe la plupart de son temps à défendre sa propre cause, justifier sa prise de parole, défendre sa position, son gagne-pain.
Aveugle et sourd aux problèmes de notre temps. Il les ignore ou fait semblant de ne pas les voir. Possède de toute façon une grille de lecture désuète, des outils de réflexion rouillés. Il se veut héritier des lumières mais comment comprendre le monde dans lequel nous vivons avec des concepts kantiens ou néo-kantiens. Faire comme si trois ou quatre révolutions industrielles, deux guerres mondiales, ne nous étaient pas passées dessus, ignorer la progression frénétique du marché, la mondialisation et forcément le bouleversement des valeurs. Alors, s’il est honnête, il reconnaît qu’il n’y comprend rien, ce qui pourrait être un bon point de départ, philosophique celui-là. Mais il préfère souvent l’anathème, à l’incompréhensible donner le nom de barbarie.
Le barbare c’est l’autre, celui qui n’utilise pas le même langage que soi. Pour les romains ceux qui ne comprenaient pas le latin, refusaient l’empire et se défendaient en usant d’une violence désordonnée. C’est le point de départ.
. Quand il ne maîtrise pas l’orthographe c’est un crétin, quand il écrit dans le style SMS c’est un barbare. On a les causes qu’on mérite. A présent, est barbare celui qui, de par ses origines sociales ou culturelles, ne maîtrise pas non plus la langue orale ou écrite, ou ne respecte pas les règles académiques. Parce qu’il n’a pas les mots, le barbare c’est aussi celui qui s’exprime avec son corps et parfois avec violence. Bien sûr, il brûle des voitures, brise des vitrines et détruit des écoles. Que pourrait-il faire d’autre ? Se taire et se rasseoir devant sa télé ?
Enfin, Les pauvres devraient souffrir en silence. Rester tranquille dans leurs cités ou pavillons de banlieue, être heureux de passer leur week-end à Val D’Europe, profiter des soldes (l’heureux temps où elles auront lieu toute l’année !), déjeuner au Macdo, puis reprendre la traversante qui les a menés jusque là et les ramènera au foyer. Ne voir aucun mépris dans mes propos.
Où se cache réellement la barbarie ? Dans les cages d’escalier des lieux de relégation ? Dans les petits trafics auxquels se livrent certains ? Dans les rues désertes des lotissements périurbains ? Sur les parkings des centres commerciaux ?
Plutôt sur les bancs de polytechnique où notre intellectuel fournit aux futurs cadres dirigeants de notre économie des rudiments de morale kantienne. Outils pour rudoyer les pauvres, leur intimer de se tenir tranquille pendant qu’ils s’enfoncent dans la boue qu’il délaye. L’intellectuel, c’est aujourd’hui celui qui sert d’alibi philosophique à ceux qui font des profits et reçoit en contrepartie l’emploi et le prix de sa collaboration.
Alors oui, je suis un barbare et leurs pit-bulls ne me font pas peur.
par Dan Yack
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j'ai lu, j'ai vu...
À ma mère.
Je me suis rendu plus loin sur le chemin,
cette route tuméfiée,
encore insuffisamment pansée.
De chétifs bouquets de végétation
débordent du fossé.
Marchant sur la pointe des pieds
pour éviter les éclats de verre.
Au milieu de cette étendue glacée,
Les arbres se sont rassemblés,
éloignés pour
retenir le cortège silencieux.
Devant ces quatre murs,
Je n’ai pas pu avancer.
À présent,
je m’enfonce dix pieds sous terre
rejoindre le cours d’eau souterrain,
la bouche gorgée de terre,
les bras sanglés par les racines
des jours.
Je ne suis pas celui qui partage,
je ne suis pas celui qui console,
je ne suis pas celui qui pleure.
Seulement pour t’entendre me dire
que la poésie peut tendre l’oreille
aux paroles disparues.
Je me suis rendu plus loin sur le chemin,
cette route tuméfiée,
encore insuffisamment pansée.
De chétifs bouquets de végétation
débordent du fossé.
Marchant sur la pointe des pieds
pour éviter les éclats de verre.
Au milieu de cette étendue glacée,
Les arbres se sont rassemblés,
éloignés pour
retenir le cortège silencieux.
Devant ces quatre murs,
Je n’ai pas pu avancer.
À présent,
je m’enfonce dix pieds sous terre
rejoindre le cours d’eau souterrain,
la bouche gorgée de terre,
les bras sanglés par les racines
des jours.
Je ne suis pas celui qui partage,
je ne suis pas celui qui console,
je ne suis pas celui qui pleure.
Seulement pour t’entendre me dire
que la poésie peut tendre l’oreille
aux paroles disparues.
par Dan Yack
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en chantier

Au sing. et au plur. Morceau ou ensemble de morceaux qui restent d'une chose brisée, détruite par une action physique ou chimique, naturelle ou provoquée. Débris de navire, de temple, de vaisselle. Un monceau de débris formés de meubles brisés, d'écrins forcés, d'armoires enfoncées, etc. (Delacroix, Journal, 1849, p254).
[CNTRL]
Reste d'une chose brisée.
Fig. Ce qui reste de ce qui a été détruit.
Poétiquement, les restes mortels de l'homme. Là reposent les débris de nos aïeux.
[Littré]
Parmi les décombres d’un monde englouti. Quelque part. Impasses, logements alignés, vitres brisées, voies ferrées abandonnées, usines désaffectées… Inventaire inachevé.
Dans et hors du cadre. Des restes de vies. Papiers peints foisonnant d’histoires fugitives. Les regards reconstituent les étoffes déchirées. Matelas replié sur lui-même. Bribes de décors naïfs. Les amours, les ménages brisés. Ensemble, à la fin.
Fixer les ombres, les illuminer. Par effraction, diffractions. Sans artifice.
ARTEFACT expose, pour la première fois, ses photographies au café culturel Les 3 Arts 21, Rue des Rigoles 75020 Paris jusqu’au 27 janvier.
Ses images du Nord de la France peuplent les murs du lieu comme autant de récits, de traces d’existences. Son travail rejoint l’écriture. Celle de ceux qui, dans un monde en pièces, conserve le désir de composer, construire, peindre. Pour témoigner. De ce qu’il reste.
Chez lui, l’absence de lyrisme produit son lyrisme. Intime et poignant.
« Une porte ouverte. On n'ose y croire.
Bribes. Surcroît. Débris. Faire entrer le rêve dans ces restes. » Robert Pinget, Tâches d’encre, Les éditions de minuit.(1997)

par Dan Yack
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j'ai lu, j'ai vu...
Je n’ai pas connu et j’ai, à la fois, toujours connu Julien Gracq. Pas la personne, ce qu’il représente. Une certaine idée de la littérature. Sans compromis. Loin de ce qu’il appelait la « bourse aux valeurs ». Un poète au travail. Bâtisseur de phrases, de digues contre l’effacement des mots qui peinent à retenir les mouvements des âmes et des corps. Évidemment de vieux murs de pierre que plus personne ne regarde. Qu’importe.Au-delà du refus du Goncourt et de l’exil volontaire, son nom m’évoque deux souvenirs. Deux moments de mon existence : l’un proche,l’autre lointain. Ils ne disent rien de l’homme qui vient de nous quitter,pourtant il disent tout de ce qu’il représente.
Jeune lycéen, j’écrivais quelques poèmes, mais, de milieu trop modeste, on avait choisi pour moi une voie professionnelle plutôt que la voie classique. Un homme m’aida à m’en sortir, mon professeur de lettres et poète, Yves bergeret. M’aidant à reprendre des études littéraires, il me confia (c’est le mot tant l’objet me semblait alors précieux) un ouvrage à lire que je ne pouvais seul m’offrir, c’était le Rivage des Syrtes. Première rencontre avec ses récits poétiques qui s’attardent à saisir les lieux, les instants. Et pourtant la présence de l’homme.
Plus tard d’autres lectures, le balcon en forêt, Au château d’Argol et les œuvres critiques, En lisant en écrivant : les « malles » de Balzac, le bagage léger de Stendhal.
L’autre rencontre est plus récente. Celle de François Bon. Dans un café de Saint Germain, il feuilletait mon manuscrit que je croyais terminé, me donnant de généreux conseils sans rien en retour, des compliments pour me donner le courage de poursuivre. L’examen fini, il me demanda ce que j’aimais lire. Je ne savais trop que lui dire, alors il me devança et évoqua Gracq et La forme d’une ville. Pas la même histoire, mais les mêmes pistes, les mêmes rues qui disent le devenir des mots et des êtres. Les traces. Des herbes folles, des objets abandonnés, du papier sur les murs. Plus que des histoires.
Il y a quelques mois, je lisais La presqu’île. Au programme de l’agrégation de lettres. J’ai décidé de ne pas m’y présenter. Plutôt la haute mer que le bassin de 25 mètres.
par Dan Yack
publié dans :
j'ai lu, j'ai vu...


