Lundi 21 janvier 2008

Lassé du décor. Envie de plus de confort. Je déménage pour un blog moins laid. Enfin, il me semble. Je ne suis pas certain que la lecture y soit plus facile. A vous de me le dire. J'aimerais mettre en place un vrai site, mais il me faudrait plusieurs mois de stage, et je n'en ai pas vraiment le temps.

Les aventures continuent donc avec un autre titre : La vie dangereuse. Un peu prétentieux ? Oui, je sais.

Je quitte ces lieux, le coeur gros (c'est ce qu'on dit dans de telles ciconstances!), avec quelques bagages que vous retrouverez dans ma nouvelle demeure et de nouveaux projets( un récit picaresque en plusieurs épisodes pour bientôt...).
Mercredi 9 janvier 2008
À ma mère.

Je me suis rendu plus loin sur le chemin,
cette route tuméfiée,
encore insuffisamment pansée.

De chétifs bouquets de végétation
débordent du fossé.

Marchant sur la pointe des pieds
pour éviter les éclats de verre.

Au milieu de cette étendue glacée,
Les arbres se sont rassemblés,         
éloignés pour
retenir le cortège silencieux.

Devant ces quatre murs,
Je n’ai pas pu avancer.



À présent,
je m’enfonce dix pieds sous terre
rejoindre le cours d’eau souterrain,
la bouche gorgée de terre,
les bras sanglés par les racines
des jours.

Je ne suis pas celui qui partage,
je ne suis pas celui qui console,
je ne suis pas celui qui pleure.

Seulement pour t’entendre me dire
que la poésie peut tendre l’oreille
aux paroles disparues.




Jeudi 13 décembre 2007
Les débris humains d'un homme «à la peau mate»
Les débris humains d'un homme «à la peau mate»

probablement un clandestin
tombé du train d'atterrissage d'un avion
probablement un clandestin
tombé du train d'atterrissage d'un avion


découvert ce matin par deux employés d'une entreprise de montage de film.


Les débris humains d'un homme «à la peau mate»,
Les débris humains d'un homme «à la peau mate»,

probablement un clandestin

 la température du cadavre s'élevait à 29 degrés
                                                            29 degrés
                                                            29 degrés

et qu'il était donc probablement vivant avant sa chute


probablement un clandestin
probablement un clandestin

vivant avant sa chute

les débris éparpillés sur une zone de 50 m2

vivant avant sa chute

Le corps a été retrouvé à Soisy-sous-Montmorency (Val-d'Oise), commune qui se trouve sous le couloir aérien de Roissy

probablement un clandestin
vivant avant sa chute
29 degrés
50 m2

et qu'il était donc probablement vivant avant sa chute

Les débris humains d'un homme «à la peau mate»
Les débris humains d'un homme «à la peau mate»

étaient en état de choc.

probablement un clandestin







Lundi 26 novembre 2007
  








































































Destruction et reconstruction. Photos de mon établissement en chantier. Un lycée professionnel en Seine saint Denis. Pas pour une énième plainte à propos de la  vétusté de nos locaux ou de notre manque de moyens. Réels. Non, plutôt quelques notes, le constat d’une intrusion parfois insolite du monde du travail, du monde ouvrier, dans l’espace d’un établissement scolaire. Perturbant ses habitudes, son fonctionnement. Le bruit des machines, les murs qui tombent, les couloirs condamnés, les portes qui disparaissent. La poussière aussi.
   Pendant plusieurs semaines, avant la destruction d’une partie du bâtiment, une équipe d’ouvriers a construit un ensemble de préfabriqués destinés à faire office de salles de classe pendant les travaux. Leur travail a été très rapide car le bloc dans lequel je travaille à présent est sorti de terre en un peu plus d’un mois. Pendant toute cette période, je faisais cours au deuxième étage et j’ai pu assez longuement (lorsque mes élèves étaient au travail évidemment) les observer travailler. Le travail le plus long consistait en la mise en place de fondations. Leur déplacements, leurs gestes me paraissaient assez peu coordonnés et même anarchiques. Je jouais à un jeu difficile de devinettes. Qui pouvait bien diriger ou donner des instructions dans cet apparent désordre ? Il faut dire que de ma fenêtre fermée, il m’était impossible de les entendre. Un film muet  voire burlesque tant certains ouvriers avaient des gestes saccadés, un comportement étrange notamment lorsqu’ils utilisaient leurs machines aux mouvements mécaniques. Si leurs déplacements s’étaient retrouvés dessinés sur le sol, cela aurait fait un étrange gribouillage. Ballet mécanique de personnages redoublant d’adresse pour ne pas se marcher dessus.
   En les espionnant malgré moi, j’observais les uns à leur tache, les autres dans l’attente ou peut-être reprenant leur souffle ou tirant au flanc. Le souvenir de la lecture de l’Espèce Humaine de Robert Antelme. Un chantier en rien comparable. Mais le souci de s’économiser, le froid et la faim en plus, pour tenir. Ne pas mourir dans le cas de ceux qui étaient condamnés aux commandos de travail. Pourquoi cette association d’idées ? Peut-être que nous avons tous ce même souci. Dans des contextes différents. Ouvriers, enseignants… Résister, s’économiser pour durer le plus longtemps possible. Association osée, oui. Une idée, une intuition qui se superpose à des faits, des observations. Peut-être de la littérature.
Mercredi 29 novembre 2006
Rien…puis quelques mots, des paroles échangées, deux ou trois voix, des sons d’abord…qui n’ont pas encore de sens, un mur blanc qui se dresse…plus haut, des ongles bleus électriques sur des talons hauts, le plancher…je suis allongé sur le sol, ah ? Il me semble m’éveiller et je ne me souviens pas m’être endormi…et puis sur le plancher ? Je ne suis pas seul…trois ou quatre personnes, des phrases qui me concernent…il fait nuit, l’espace autour de moi se reconstitue, un verre, une conversation…je n’étais pas bien, comme une vague qui monte en moi…je me dirige vers la salle de bain et puis plus rien…et me voilà allongé sur le sol…j’ai du tomber, perdre connaissance…je ne souviens pas avoir saisi la poignée de la porte de la salle de bain…perdu connaissance, comme un jeu de construction qui s’écroule,de l’intérieur comme s’il implosait, laissant de multiples morceaux éparpillés…avec moi sur le sol, et je m’efforce à présent de le reconstituer pièce après pièce…une voix, des talons hauts et des ongles… bleus électriques…

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