Jeudi 16 novembre 2006
Parfois

J’aimerais donner un nom aux feuilles
                                   encore vertes suspendues aux arbres
                           ou en voie de décomposition allongées sur le sol

J’aimerais me souvenir du nom des gouffres et des ruisseaux
                                            des montagnes et des plaines

J’aimerais reconnaître le chant d’un oiseau la couleur d’un insecte

J’aimerais être capable de distinguer les herbes
                                                  qui adouciront mon sommeil
                                            ou qui supprimeront mes douleurs

J’aimerais mesurer la puissance d’une cascade
                                                         ou la vitesse d’un glacier

J’aimerais avoir l’usage des notes que chantonne
                                                          le vent dans les branches
                                                          la pluie sur la mousse

mais je ne suis qu’un faune aphone
qui se cache derrière un bouquet de fougères pour observer
sous la lune
                                                                         une fée endormie
 
 
par Dan Yack publié dans : fantaisies
Mercredi 8 novembre 2006















La lune me regarde
La paupière un peu lasse
Pierrot
Les mains enfouies dans ses mitaines
Sous le métro aérien

Sur le trottoir les panneaux s’éventent
Dans tous les sens
Les colonnes Morris
Entament un pas de danse
Sous le métro aérien

Au carrefour les autobus
Se font des politesses
Les autos en cortège
S’impatientent
Sous le métro aérien

Dans le canal
Pierrot jette sa canne à pêche
Dans les poches pas d’or
Que des cailloux
Sous le métro aérien

Un chocolat chaud
Fume sur le quai
Je ferme les yeux
Me glisse entre deux eaux
Sous le métro aérien

Les feuilles piquent un fard
Accrochées aux branches
Pour le trésor
Prendre les correspondances
Sous le métro aérien
par Dan Yack publié dans : fantaisies
Vendredi 27 octobre 2006
Je n’écris plus. Je bave. Pas à grands flots, à la manière d’un épileptique, mais régulièrement, au coin des lèvres, un mince filet blanc s’écoule. Le plus souvent, je le rattrape d’un coup de langue; mais parfois, il est trop tard, car s’échappent quelques gouttes sur le sol, sur mon bras ou mon ventre, sur le livre que je suis en train de lire et - plus gênant - sur la personne qui se trouve à mes côtés. Je ne sais pas à quoi attribuer cette propension à laisser s’écouler ma salive. Je la considère comme naturelle, même si elle fait partie d’un certain nombre de symptômes inexpliquées d’une maladie inconnue. Je suis,par exemple, toujours très embarrassé par le petit tuyau destiné à aspirer ma salive que le dentiste glisse dans ma bouche lorsqu’il m’opère. J’ai alors l’impression de ne plus pouvoir régurgiter, comme si j’étais sur le point de me noyer dans ma propre sécrétion.
En général, je bave dans des moments de grand laisser-aller, lorsque je suis fatigué ou très concentré sur une activité, lorsque je m’oublie…Très fréquemment, sur mon oreiller, le matin,une tache humide se dessine, à l’endroit où mon visage était étendu. Pourtant, cela se produit aussi dans des circonstances plus étonnantes.
L’autre jour, dans la rue. Un chien s’avance vers moi. Il n’est pas bien gros , alors je continue mon chemin. Sa maîtresse, dame d’un certain âge, tire sur sa laisse pour le contraindre à changer de direction, s’adresse au toutou et lui dit : « viens là, ce n’est pas ton frère. »
Je n’ai pu m’empêcher d’ébaucher un léger mouvement du coin des lèvres pour retenir ma salive.
par Dan Yack publié dans : fantaisies
Vendredi 27 octobre 2006
Les dates le montrent, je n’ai rien écrit sur ce blog depuis un bon moment. D’ailleurs, les administrateurs d’Over-blog s’en sont visiblement inquiétés car ils m’ont demandés à deux reprises quelles étaient les raisons de cette absence. Avais-je quelques motifs de mécontentement à leur encontre ? Étais-je passé à la concurrence ?
En fait, il n’en est rien; il se trouve seulement que mon vieux PC s’est définitivement éteint le mois de juin dernier. Ayant des moyens financiers mesurés, il m’a fallu faire quelque économies cet été. Faire du camping en Bretagne plutôt que me prélasser sous les cocotiers. Le temps était froid et humide, mais j’ai dorénavant un ordinateur flambant neuf.
Mais il y a un problème. Cela fait quelque jours que j’ai chez moi ce nouvel ami et je n’ai encore rien écrit. Je l’allume, je m’installe et puis… rien, le silence. Le vieux lui, on ne pouvait pas oublier qu’il était présent; et on constatait aisément, par le bruit qu’il faisait pour accomplir chaque tache, qu’il était en plein travail, en plein effort. Le nouveau, on a l’impression qu’il ne fait rien; il se pose là, pas de bruit, pas de sueur. Moi je crois qu’il se la pète un petit peu, qu’il me prend de haut. Il faut dire qu’il est grand, et puis pas un gramme d’embonpoint, le ventre entièrement plat. Son prédécesseur s’était un peu laissé aller avec le temps; il avait quelques années de service au compteur mais il n’a jamais fait le fier. Pas prétentieux pour un sou.
L’autre, je ne suis peut-être pas assez bien pour lui. Il préférerait peut-être traiter le texte d’un auteur plus en vue. Monsieur se serait bien vu dans le bureau de François Begaudeau, ou dans le lit de Marie Darrieussecq…
Enfin, je vais rester là à le regarder sans un geste et sans faire de bruit, attendre qu’il manifeste le moindre signe de sympathie ou de chaleur. Quel silence ! Je suis sûr qu’il est persuadé que je serai le premier à craquer. J’m’en fous, s’il m’emmerde je change de programme et je télécharge des images pornographiques ! Ah, il fera moins le fier, ça fera un peu tache sur son bel écran plat ! Et puis s’il n’est pas content, il n’avait qu’à rester à la Fnac, c’est pas les PC qui manquent.
Bon, peut-être que les 19’ de l’écran m’intimident; on a peur de s’y perdre un peu, et puis par où commencer ?
 
 
par Dan Yack publié dans : fantaisies
Mercredi 19 avril 2006
Dans sa chambre, il y a un lit pas très grand assemblé par son père, bordé que d'un côté, le côté le long du mur, sa mère ne le voit pas,du papier peint, usé par endroits, des fleurs identiques, des roses ou des oeillets alignés verticalement, couleur pastel, vert ou rouge, une langue de poche rectangulaire philips, rouge, posée sur sa table de chevet, au cas où elle se réveillerait la nuit, une brosse pleine de ses cheveux posée sur son lit, un magnétophone, une cassette prêtée par l'une de ses amies, sur un meuble marron, une porte coulisse et il fait usage de bureau, quelques exemplaires de la bibliothèque, rose, un cahier un peu corné, une bande-dessinée, un navire marchand sur les mers de Chine, des lettres écrites sur du papier coloré, des confidences, de tendres fautes d'orthographe, un atlas, un livre sur la faune et la flore d'Amérique du Sud, une plante tropicale, verte, proliférante se glisse le long du mur, jusqu'au plafond, un jaguar la regarde, sans un mouvement, sur son lit, dans ses mains, il y a, sous une bulle de plastique, un minuscule aérodrome, un avion que la neige recouvre quand on l'agite.
par Dan Yack publié dans : fantaisies

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