Lundi 26 novembre 2007
  








































































Destruction et reconstruction. Photos de mon établissement en chantier. Un lycée professionnel en Seine saint Denis. Pas pour une énième plainte à propos de la  vétusté de nos locaux ou de notre manque de moyens. Réels. Non, plutôt quelques notes, le constat d’une intrusion parfois insolite du monde du travail, du monde ouvrier, dans l’espace d’un établissement scolaire. Perturbant ses habitudes, son fonctionnement. Le bruit des machines, les murs qui tombent, les couloirs condamnés, les portes qui disparaissent. La poussière aussi.
   Pendant plusieurs semaines, avant la destruction d’une partie du bâtiment, une équipe d’ouvriers a construit un ensemble de préfabriqués destinés à faire office de salles de classe pendant les travaux. Leur travail a été très rapide car le bloc dans lequel je travaille à présent est sorti de terre en un peu plus d’un mois. Pendant toute cette période, je faisais cours au deuxième étage et j’ai pu assez longuement (lorsque mes élèves étaient au travail évidemment) les observer travailler. Le travail le plus long consistait en la mise en place de fondations. Leur déplacements, leurs gestes me paraissaient assez peu coordonnés et même anarchiques. Je jouais à un jeu difficile de devinettes. Qui pouvait bien diriger ou donner des instructions dans cet apparent désordre ? Il faut dire que de ma fenêtre fermée, il m’était impossible de les entendre. Un film muet  voire burlesque tant certains ouvriers avaient des gestes saccadés, un comportement étrange notamment lorsqu’ils utilisaient leurs machines aux mouvements mécaniques. Si leurs déplacements s’étaient retrouvés dessinés sur le sol, cela aurait fait un étrange gribouillage. Ballet mécanique de personnages redoublant d’adresse pour ne pas se marcher dessus.
   En les espionnant malgré moi, j’observais les uns à leur tache, les autres dans l’attente ou peut-être reprenant leur souffle ou tirant au flanc. Le souvenir de la lecture de l’Espèce Humaine de Robert Antelme. Un chantier en rien comparable. Mais le souci de s’économiser, le froid et la faim en plus, pour tenir. Ne pas mourir dans le cas de ceux qui étaient condamnés aux commandos de travail. Pourquoi cette association d’idées ? Peut-être que nous avons tous ce même souci. Dans des contextes différents. Ouvriers, enseignants… Résister, s’économiser pour durer le plus longtemps possible. Association osée, oui. Une idée, une intuition qui se superpose à des faits, des observations. Peut-être de la littérature.
par Dan Yack publié dans : en chantier

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