Lundi 13 février 2006

Ils avaient traversé la Seine sans encombre. En contournant l'Hotel de Ville, ils n'avaient heureusement rencontré aucun des dangers présumés. Avec courage, ils avaient réussi à gravir la rue des Archives et à prendre la rue Sainte croix de la Bretonnerie en sens inverse. Malgré une carte approximative, ils avaient évité l'impasse du boeuf. Il était déjà tard et la température était retombée à -6°, alors ils établirent leur camp de base quelques mètres plus loin,  derrière la grande batisse. Ils n'avaient pas grand chose à manger mais ils s'en contentèrent. Les passants n'étaient pas très bruyants, dans ce cas ils allaient enfin profiter d'une bonne nuit de sommeil. Ils avaient déja beaucoup puisé dans leurs réserves et demain une journée difficile les attendait.

par Dan Yack publié dans : fantaisies
Dimanche 12 février 2006

Une affiche vue en passant dans les couloirs du métro, atttrape mon regard. Un corps de femme, sans visage, une robe noire, un mouvement de hanches, un décolleté et un long collier de perles, attrape mon regard. Un archétype et affiché comme tel car le visage est hors champ, j'y suis sensible. Cela pourrait être une publicité pour un parfum, mais il s'agit de l'affiche d'un film.Il y a quelque chose de bancal dans celle-ci, une perturbation  difficile à voir à la distance où je me trouve, je ne parle pas du geste de provocation du majeur de la main droite, trop attendu, la publicité est pleine de ces signes qui visent la sexualité et donc le porte-monnaie.Je m'approche et je finis par comprendre, le bras droit est habillé d'une pilosité inhabituelle, que je trouve presque débordante justement parce qu'elle est inhabituelle, du moins je le crois et, dans les minutes qui vont suivre, je vérifierai si c'est le cas sur toutes les images que je vais croiser. Le travail de retouche a du être oublié et je trouve ça merveilleux, merveilleux que la vie, irréductible, s'invite dans un plan publicitaire bien huilé, dérange un érotisme de bon aloi en introduisant dans cet espace un corps, un véritable épiderme, des poils... 

Samedi 11 février 2006

J'ai passé une partie de l'après-midi au musée du Louvre en choisissant de  me limiter aux peintures françaises du XVIIème  siècle plutôt que de courir de salle en salle sans rien voir. Je suis surtout resté plus d'une heure dans les salles consacrées à Nicolas Poussin, n'étant dérangé par personne ou presque alors qu'il s'agissait d'un week-end, à peine une vingtaine de visiteurs circulant à grande vitesse sans jamais jeter un oeil plus de trois secondes sur les toiles accrochées autour de moi.

La première salle était consacrée à des toiles inspirées des Métamorphoses d'Ovide pleines de chair et  de sensualité et je remarquais plus particulièrement un nourisson rose lové contre le ventre de sa mère. En pénétrant dans la seconde salle,je retrouvais le Poussin que je connaissais, celui dont j'aimais la douceur, les couleurs et l'atmosphère d'intimité,celui des scènes énigmatiques inspirées de la bible ou de la mythologie. Ensuite je fis une expérience surprenante en parcourant lentement les toiles du regard et  en décidant de m'attarder sur quelques détails, le mouvement d'une mère vers son enfant dans "Moïse sauvé des eaux", une femme dans une position presque provocante avec une main sur la hanche dans "Eliezer et Rebecca" ... Partout la vie semblait transparaitre de ces tableaux, au détour d'un geste, d'un regard; ici une branche plie sous le vent, plus loin une fumée s'échappe d'une batisse, on croit entendre l'eau s'écouler, les conversations  d'une place publique, tout un monde en mouvement pris sur le vif, une série d'instantanés. Dans la même salle, dans des toiles plus tardives de Poussin, la lumière devient plus sombre, on y voit des intérieurs, des personnages plus resserées et le discours semble plus religieux.Dans la même salle, la chair et le sacré,la vie et la mort. En sortant, les quatres toiles qui constituent le cycle des Saisons, je m'attarde sur le Printemps et l'hiver.  La première aussi appelée le Paradis terrestre est constituée aux deux tiers d'une verte arborescence qui saute aux yeux et au coeur de laquelle les deux personnages, Adam et Eve, paraissent minuscules; dans la seconde, tout est assombri, l'eau s'écoule inéxorablement et une série de personnages tentent de s'en sortir dans un mouvement latéral et ascendant; seule touche d'espoir, un nourisson tenu à bout de bras par sa mère semble échapper à son sort. Et puis la vie toujours, partout jaillissante, jusque dans Les bergers d'Arcadie et son tombeau où s'inscrit "même en Arcadie, moi, la mort, j'existe" et où je comprends que même dans ces toiles d'inspiration biblique ou mythologique , même dans ces paysages idylliques, la mort et donc la vie est présente.

Je pensais avoir fait le tour de ce que j'étais venu voir et puis une ou deux salles plus loin, une toile de Poussin de plus grand format provoqua en moi la plus grande émotion ressentie devant un tableau. Il s'intitule "L'Apparition de la vierge à saint Jacques le majeur", un grand tableau vertical que la vierge domine bien sûr mais notre regard est attiré par l'homme qui prie à ses pieds,replié sur lui-même,le visage invisible, il est juste une étoffe jaune qui dégage un sentiment d'humanité, d'humilité et puis il y a ses pieds, des pieds usés qui sont une rencontre inattendue. 

 

Samedi 11 février 2006

Je ne sais si c'est le meilleur moment pour démarrer un journal non intime mais personnel sur le net.Je dispose déjà de ce que j'appelle un journal d'écriture dans lequel je décris des choses vues, relate des histoires imaginées ou développe quelques idées, alors pourquoi le faire ici ? Peut-être parce que cela va m'obliger à le faire régulièrement, mais va aussi permettre un échange avec ceux  qui poursuivent des recherches semblables ou qui simplement s'y intéressent.Donc, pour moi,il s'agit d'abord d'un espace d'exercice, d'expérimentation.

J'ai aussi le projet de rendre compte des grandes et des petites choses qui m'entourent, qui nous entourent en tentant de rendre lisible la complexité du monde, comme d'autres tentent de mesurer des objets fractales, simples vus de haut mais beaucoup plus compliqués si on regarde de plus près.C'est une tache difficile tant ce monde est insaisisable,inattendu comme le mur que l'on voit sur la photographie, debout depuis des décennies bien qu'il soit le résultat d'une combinaison de forces multiples, inégales, des pierres de tailles différentes amassées là au hasard, sans plan préalable, en quelque sorte "par la force des choses".

Je veux être un passant dérangé et dérangeant qui boite et qui est donc obligé de ralentir la pas, ce qui lui permet de percevoir le monde de manière oblique et qui crée des encombrements,des noeuds au coeur du réseau qui ne cesse de se plier ou se déplier au moment même où je parle...

 

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