Les dates le montrent, je n’ai rien écrit sur ce blog depuis un bon moment. D’ailleurs, les administrateurs d’Over-blog s’en sont visiblement inquiétés car ils m’ont demandés à deux reprises quelles étaient les raisons de cette absence. Avais-je quelques motifs de mécontentement à leur encontre ? Étais-je passé à la concurrence ?
J'aime le vent. De ma fenêtre, je le vois repeindre le ciel par de grands gestes, modifier les couleurs, dégager un peu plus loin quelques touches de lumière, puis boulverser à nouveau sa toile, dessiner des formes difficiles à identifier, parfois plus sombres, les ombres du monde glissant au dessus de nos têtes.
J'aime le vent ou plutôt je le ressens comme un force familière, un ami auquel je m'adresse parfois. A plusieurs reprises, j'ai eu le sentiment que les grandes ou les petites tempêtes avaient coincidé avec les boulversements, également petits ou grands de mon existence. Maintenant, quand le vent souffle plus fort, au point de plier les branches des arbres que j'aperçois de ma fenêtre, j'apréhende ces renversements. J'aime le vent mais parfois je crains qu'il altère le cours de ma vie.
Il existe une photographie que je n'ai pas en ma possession. J'ignore d'ailleurs où elle peut se trouver aujourd'hui, mais elle est inscrite dans ma mémoire. On m'y voit sur une plage, emmitouflé dans un Kway, les cheveux dispersés en tous sens par le vent. Dans mon esprit, je me vois avec le visage que j'ai aujourd'hui, mais je sais que lorsque cette photo a été prise j'étais très jeune ( j'avais à peine 8 ans ), pourtant il m'est impossible de me représenter le petit garçon que j'étais alors.
J'adorais cette photographie; en général je déteste me regarder, mais pas dans ce cas, car je trouvais que cette photo me ressemblait. Il me semble qu'il y en avait d'autres où l'on voyait ma soeur également (je ne crois pas que mon frère était présent, il me semble qu'il devait être trop petit ). Cette photographie a été prise à Trouville à l'automne ou au printemps; nous dormions à l'hotel. Je crois que c'est la dernière fois que mon père nous a emmenés en vacances avec lui.
Pourquoi j'aime lire les livres d'Enrique Villa-Matas ?
Je me pose moi-même cette question et y réponds parce que d'aucuns diront ( j'anticipe ) que je lis encore un ouvrage de l'auteur espagnol, qu'il s'agit d'une lubie qui tourne à l'obsession. Je ne me suis pas vraiment penché sur les raisons inconscientes qui m'on conduit à lire avec beaucoup de plaisir Le mal de montano, Bartleby et compagnie et l'Abrégé d'histoire de littérature portative; sans doute peut-on y voir une forme de satisfaction temporaire en attendant d'aboutir dans mes propres écrits, mais je préfère ne pas m'apesantir sur ce triste constat : je lis régulièrement un auteur dont l'oeuvre consiste à commenter ou narrer la vie et l'oeuvre réelles ou réinventées de vrais écrivains comme Robert Walser ou Sterne.
Un écrivain pour écrivain me direz-vous. Ce n'est pas faux , et si l'on se réfère l'article de Télérama paru cette semaine qui énumère le nombre d'écrivants que compte notre pays, on comprend son succès. Le fait est que l'espace narratif de Villa-Matas est le champ réel ou imaginaire de la littérature et que son oeuvre, en portant un regard singulier sur l'histoire littéraire, s'interroge sur le devenir de l'écriture. La littérature a-t-elle encore un avenir ? Comment distinguer la littérature de ce qui n'en est pas dans la profusion éditoriale ?
La vraie création meurt sans doute de l'illusion réaliste qui prétend représenter la nature ou témoigner de notre temps sans prendre conscience qu'un oeuvre littéraire n'est qu'une construction de mots assemblés sur le papier. Les vitrine des libraires ( et les blogs aussi ) sont pleines de ces confessions ou témoignages qui nous vendent une prétendue réalité.
En s'appliquant à rassembler sur le papier la collection de ses héros litéraires, E. Villa-Matas témoigne une fois de plus du caractère dépressif de la littérature d'aujourd'hui. La multiplication des canaux de communication, la "marketisation" de la littérature et plus généralement les tentations de la société des loisirs laissent le véritable écrivain seul avec lui-même. Pourquoi continuer à écrire ? Dans quel but ?
En composant ses listes d'écrivains ( Villa-Matas est un passeur, un point de départ, il amorce ), en revivant à travers eux une expérience d'écriture, il recontruit avec nous la possibilité d'écrire à nouveau à l'écart du bruit du monde. E. Villa-Matas n'est pas un auteur de chevet ou d'île déserte , il est celui qui anime l'ensemble des oeuvres qu'il nous fait lire ou relire.
L'obésité est aujourd'hui une maladie universelle et la littérature n'y échappe pas, gonflée qu'elle est de sérieux et de prétention et Villa-Matas, en véritable Don Quichotte qu'il est, par la brièveté et la répétition ( deux ruses de l'ironie selon Jankelevitch ) s'emploie à la torpiller de côté ou par derrière, car de ce côté elle ne s'y attend pas.
tres écrites sur du papier coloré, des confidences, de tendres fautes d'orthographe, un atlas, un livre sur la faune et la flore d'Amérique du Sud, une plante tropicale, verte, proliférante se glisse le long du mur, jusqu'au plafond, un jaguar la regarde, sans un mouvement, sur son lit, dans ses mains, il y a, sous une bulle de plastique, un minuscule aérodrome, un avion que la neige recouvre quand on l'agite.


