Vendredi 27 octobre 2006
Les dates le montrent, je n’ai rien écrit sur ce blog depuis un bon moment. D’ailleurs, les administrateurs d’Over-blog s’en sont visiblement inquiétés car ils m’ont demandés à deux reprises quelles étaient les raisons de cette absence. Avais-je quelques motifs de mécontentement à leur encontre ? Étais-je passé à la concurrence ?
En fait, il n’en est rien; il se trouve seulement que mon vieux PC s’est définitivement éteint le mois de juin dernier. Ayant des moyens financiers mesurés, il m’a fallu faire quelque économies cet été. Faire du camping en Bretagne plutôt que me prélasser sous les cocotiers. Le temps était froid et humide, mais j’ai dorénavant un ordinateur flambant neuf.
Mais il y a un problème. Cela fait quelque jours que j’ai chez moi ce nouvel ami et je n’ai encore rien écrit. Je l’allume, je m’installe et puis… rien, le silence. Le vieux lui, on ne pouvait pas oublier qu’il était présent; et on constatait aisément, par le bruit qu’il faisait pour accomplir chaque tache, qu’il était en plein travail, en plein effort. Le nouveau, on a l’impression qu’il ne fait rien; il se pose là, pas de bruit, pas de sueur. Moi je crois qu’il se la pète un petit peu, qu’il me prend de haut. Il faut dire qu’il est grand, et puis pas un gramme d’embonpoint, le ventre entièrement plat. Son prédécesseur s’était un peu laissé aller avec le temps; il avait quelques années de service au compteur mais il n’a jamais fait le fier. Pas prétentieux pour un sou.
L’autre, je ne suis peut-être pas assez bien pour lui. Il préférerait peut-être traiter le texte d’un auteur plus en vue. Monsieur se serait bien vu dans le bureau de François Begaudeau, ou dans le lit de Marie Darrieussecq…
Enfin, je vais rester là à le regarder sans un geste et sans faire de bruit, attendre qu’il manifeste le moindre signe de sympathie ou de chaleur. Quel silence ! Je suis sûr qu’il est persuadé que je serai le premier à craquer. J’m’en fous, s’il m’emmerde je change de programme et je télécharge des images pornographiques ! Ah, il fera moins le fier, ça fera un peu tache sur son bel écran plat ! Et puis s’il n’est pas content, il n’avait qu’à rester à la Fnac, c’est pas les PC qui manquent.
Bon, peut-être que les 19’ de l’écran m’intimident; on a peur de s’y perdre un peu, et puis par où commencer ?
 
 
par Dan Yack publié dans : fantaisies
Mardi 30 mai 2006

J'aime le vent. De ma fenêtre, je le vois repeindre le ciel par de grands gestes, modifier les couleurs, dégager un peu plus loin quelques touches de lumière, puis boulverser à nouveau sa toile, dessiner des formes difficiles à identifier, parfois plus sombres, les ombres du monde glissant au dessus de nos têtes.
J'aime le vent ou plutôt je le ressens comme un force familière, un ami auquel je m'adresse parfois. A plusieurs reprises, j'ai eu le sentiment que les grandes ou les petites tempêtes avaient coincidé avec les boulversements, également petits ou grands de mon existence. Maintenant, quand le vent souffle plus fort, au point de plier les branches des arbres que j'aperçois de ma fenêtre, j'apréhende ces renversements. J'aime le vent mais parfois je crains qu'il altère le cours de ma vie.
Il existe une photographie que je n'ai pas en ma possession. J'ignore d'ailleurs où elle peut se trouver aujourd'hui, mais elle est inscrite dans ma mémoire. On m'y voit sur une plage, emmitouflé dans un Kway, les cheveux dispersés en tous sens par le vent. Dans mon esprit, je me vois avec le visage que j'ai aujourd'hui, mais je sais que lorsque cette photo a été prise j'étais très jeune ( j'avais à peine 8 ans ), pourtant il m'est impossible de me représenter le petit garçon que j'étais alors.
J'adorais cette photographie; en général je déteste me regarder, mais pas dans ce cas, car je trouvais que cette photo me ressemblait. Il me semble qu'il y en avait d'autres où l'on voyait ma soeur également (je ne crois pas que mon frère était présent, il me semble qu'il devait être trop petit ). Cette photographie a été prise à Trouville à l'automne ou au printemps; nous dormions à l'hotel. Je crois que c'est la dernière fois que mon père nous a emmenés en vacances avec lui.

Mercredi 17 mai 2006

Pourquoi j'aime lire les livres d'Enrique Villa-Matas ?
Je me pose moi-même cette question et y réponds parce que d'aucuns diront ( j'anticipe ) que je lis encore un ouvrage de l'auteur espagnol, qu'il s'agit d'une lubie qui tourne à l'obsession. Je ne me suis pas vraiment penché sur les raisons inconscientes qui m'on conduit à lire avec beaucoup de plaisir Le mal de montano, Bartleby et compagnie et l'Abrégé d'histoire de littérature portative; sans doute peut-on y voir une forme de satisfaction temporaire en attendant d'aboutir dans mes propres écrits, mais je préfère ne pas m'apesantir sur ce triste constat : je lis régulièrement un auteur dont l'oeuvre  consiste à commenter ou narrer la vie et l'oeuvre réelles ou réinventées de vrais écrivains comme Robert Walser ou Sterne.
Un écrivain pour écrivain me direz-vous. Ce n'est pas faux , et si l'on se réfère l'article de Télérama paru cette semaine qui énumère le nombre d'écrivants que compte notre pays, on comprend son succès. Le fait est que l'espace narratif de Villa-Matas est le champ réel ou imaginaire de la littérature et que son oeuvre, en portant un regard singulier sur l'histoire littéraire, s'interroge sur le devenir de l'écriture. La littérature a-t-elle encore un avenir ? Comment distinguer la littérature de ce qui n'en est pas dans la profusion éditoriale ?
La vraie création meurt sans doute de l'illusion réaliste qui prétend représenter la nature ou témoigner de notre temps sans prendre conscience qu'un oeuvre littéraire n'est qu'une construction de mots assemblés sur le papier. Les vitrine des libraires ( et les blogs aussi ) sont pleines de ces confessions ou témoignages qui nous vendent une prétendue réalité.
En s'appliquant à rassembler sur le papier la collection de ses héros litéraires, E. Villa-Matas témoigne une fois de plus du caractère dépressif de la littérature d'aujourd'hui. La multiplication des canaux de communication, la "marketisation" de la littérature et plus généralement les tentations de la société des loisirs laissent le véritable écrivain seul avec lui-même. Pourquoi continuer à écrire ? Dans quel but ?
En composant ses listes d'écrivains ( Villa-Matas est un passeur, un point de départ, il amorce ), en revivant à travers eux une expérience d'écriture, il recontruit avec nous la possibilité d'écrire à nouveau à l'écart du bruit du monde. E. Villa-Matas n'est pas un auteur de chevet ou d'île déserte , il est celui qui anime l'ensemble des oeuvres qu'il nous fait lire ou relire.
L'obésité est aujourd'hui une maladie universelle et la littérature n'y échappe pas, gonflée qu'elle est de sérieux et de prétention et Villa-Matas, en véritable Don Quichotte qu'il est, par la brièveté et la répétition ( deux ruses de l'ironie selon Jankelevitch ) s'emploie à la torpiller de côté ou par derrière, car de ce côté elle ne s'y attend pas.

 

 

 

Jeudi 11 mai 2006
Début mai, premières chaleurs, les parcelles de verdure de la cité encore gorgées d'humidité, des papiers usagés en voie de décomposition, des nuées d'insectes non identifiés pullulent à mesure que les odeurs remontent. A cette époque de l'année, quelques millions de tonnes d'ordures quelques milliards d'appels téléphoniques et une quantité innombrable  d'images ont été ingurgitées, digérées, vomies parfois. Un sexe démesuré, en gros plan, un démagogue déverse sur un auditoire tout acquis des phrases simples, immédiatement comprises, assimilées, crache son sperme sur des talons hauts perchés. Une puanteur. De ma poubelle se sont échappées une puis deux chenilles, il en vient d'autres, au fond il me semble que ça grouille, un peuple s'agite. Bientôt c'est la guerre...
par Dan Yack publié dans : au nord
Mercredi 19 avril 2006
Dans sa chambre, il y a un lit pas très grand assemblé par son père, bordé que d'un côté, le côté le long du mur, sa mère ne le voit pas,du papier peint, usé par endroits, des fleurs identiques, des roses ou des oeillets alignés verticalement, couleur pastel, vert ou rouge, une langue de poche rectangulaire philips, rouge, posée sur sa table de chevet, au cas où elle se réveillerait la nuit, une brosse pleine de ses cheveux posée sur son lit, un magnétophone, une cassette prêtée par l'une de ses amies, sur un meuble marron, une porte coulisse et il fait usage de bureau, quelques exemplaires de la bibliothèque, rose, un cahier un peu corné, une bande-dessinée, un navire marchand sur les mers de Chine, des lettres écrites sur du papier coloré, des confidences, de tendres fautes d'orthographe, un atlas, un livre sur la faune et la flore d'Amérique du Sud, une plante tropicale, verte, proliférante se glisse le long du mur, jusqu'au plafond, un jaguar la regarde, sans un mouvement, sur son lit, dans ses mains, il y a, sous une bulle de plastique, un minuscule aérodrome, un avion que la neige recouvre quand on l'agite.
par Dan Yack publié dans : fantaisies

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