Que me reste-t-il aujourd’hui de l’œuvre d’Yves Klein ? Un simple attachement, souvenir d’adolescent idéaliste ? La question se pose à moi pour deux raisons. Je m’interroge d’abord sur l’intérêt d’une œuvre en grande partie picturale. Qu’est-ce que nous dit la peinture aujourd’hui ? Et la consécration géante que lui consacre le centre Georges Pompidou lui assigne un vernis un peu pompier qui gâche un peu le plaisir à priori, comme ce fut le cas pour de Staël il y a quelques années. Pourtant, cette fois-ci, l’entreprise de ringardisation officielle n’opère pas totalement et le désir demeure. Pourquoi, comme d’autres peintres français des sixties (au hasard Georges Mathieu) qu’on imagine aisément dans des soirées mondaines sur fond d’electro-jerk, n’est-il pas tombé dans l’oubli ?
La peinture est morte dans les années soixante avec l’irruption du Pop Art, plutôt le paradigme moderne qui a conduit la peinture de la représentation vers la couleur pure, suivant par là le même parcours que la musique, a pris fin à cette époque. La peinture d’Yves Klein, entre autres, est en quelque sorte un aboutissement, de ce mouvement. C’est une œuvre qui croit encore en la couleur, c’est une œuvre d’avant les mots, d’avant les concepts. C’est peut-être d’abord cette croyance moderne qui me touche, comme le souvenir d’un âge d’or , paradis perdu dans lequel on était convaincu de pouvoir créer du nouveau. Yves Klein est un artiste d’avant (pas forcément chronologiquement mais dans la manière) le post-modernisme, qui croit que le pouvoir du faire l’emporte sur le discours. Alors pourquoi je ne le considère pas comme un bon artisan, comme je pourrais le faire pour un peintre du présent ? Sans doute parce qu’il y a dans son œuvre une dimension métaphysique, la même (ou presque) que celle qui conduisait nos ancêtres à recouvrir les parois de Lascaux. Le bleu est la couleur de la recherche de l’absolu, de la projection de soi vers l’avant, vers le haut, et cette poursuite de l’infini rend, en quelque sorte, l’œuvre d’Yves Klein éternelle ou plus simplement pérenne.
Pour autant, son œuvre ne se limite pas à la peinture. Et de ce point de vue, il se positionne à la fois dans l’avant et l’après modernité. La dimension métaphysique n’opère pas qu’à travers la couleur, elle s’inscrit également dans l’ensemble des projets utopistes de Klein, conférences sur l’immatériel ou projet d’une cité radieuse, qui s’intéressent à l’air ou au vide. C’est une œuvre totale. Il y a quelque chose de Léonard de Vinci (l’humour en plus) dans l’œuvre et la personne d’Yves Klein. La même recherche de la couleur, le même mystère aussi et le même désir d’embrasser l’ensemble du savoir. Alors va-t-on voir de mystérieux personnages roder la nuit dans méandres du centre Georges Pompidou à la recherche du Yves Klein Code ?
Voilà ces quelques considérations très personnelles sur cette œuvre. Pour ceux qui souhaiteraient approfondir, je conseille le magnifique livre du regretté Pierre Restany qui a du ressortir dans le commerce pour l’occasion.
par Dan Yack
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j'ai lu, j'ai vu...
Quelques mots seulement, pour attirer votre attention sur le fait que j'ai mis, en haut à gauche, un lien avec le site de certains de mes élèves, créé à partir de leurs travaux d'écriture depuis cette rentrée. Le blog en question est encore en chantier. Il y manque des photographies, et des textes plus nombreux et plus longs vont suivre. N'hésitez pas à y jeter un coup d'oeil et à leur faire des commentaires sympathiques, je pense qu'ils apprécieront.
par Dan Yack
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en chantier
Nouvelle lune.Les nuages se rangent les uns contre les autres. Une couverture de coton, grise, épaisse, en mouvement sur le ciel. Presque la pénombre en plein après-midi. Une pluie soudaine. Le macadam noir, scintillant, lustré comme la peau d'un pachyderme. Une course pour s'abriter, presque glissant sur des patins. Un abribus débordé jusque sur la chauusée. Les passagers se déversent à l'intérieur de l'autobus, s"entassent. Le froissement des robes de satin ou de soie de l'aïd, l'odeur de fleur d'oranger. Un visage doré. Quelques mots partagés. Des feuilles d'érable, des étoiles éphémères, mouillées sous les roues des automobiles. Il ne m'est pas habituel de fêter la fin du ramadan en automne.
par Dan Yack
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au nord
Je n’écris plus. Je bave. Pas à grands flots, à la manière d’un épileptique, mais régulièrement, au coin des lèvres, un mince filet blanc s’écoule. Le plus souvent, je le rattrape d’un coup de langue; mais parfois, il est trop tard, car s’échappent quelques gouttes sur le sol, sur mon bras ou mon ventre, sur le livre que je suis en train de lire et - plus gênant - sur la personne qui se trouve à mes côtés. Je ne sais pas à quoi attribuer cette propension à laisser s’écouler ma salive. Je la considère comme naturelle, même si elle fait partie d’un certain nombre de symptômes inexpliquées d’une maladie inconnue. Je suis,par exemple, toujours très embarrassé par le petit tuyau destiné à aspirer ma salive que le dentiste glisse dans ma bouche lorsqu’il m’opère. J’ai alors l’impression de ne plus pouvoir régurgiter, comme si j’étais sur le point de me noyer dans ma propre sécrétion.
En général, je bave dans des moments de grand laisser-aller, lorsque je suis fatigué ou très concentré sur une activité, lorsque je m’oublie…Très fréquemment, sur mon oreiller, le matin,une tache humide se dessine, à l’endroit où mon visage était étendu. Pourtant, cela se produit aussi dans des circonstances plus étonnantes.
L’autre jour, dans la rue. Un chien s’avance vers moi. Il n’est pas bien gros , alors je continue mon chemin. Sa maîtresse, dame d’un certain âge, tire sur sa laisse pour le contraindre à changer de direction, s’adresse au toutou et lui dit : « viens là, ce n’est pas ton frère. »
Je n’ai pu m’empêcher d’ébaucher un léger mouvement du coin des lèvres pour retenir ma salive.
par Dan Yack
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fantaisies
Le marché au soleil. Été prolongé. Pas envie de rentrer de suite. Envie de traîner un peu. Une visite à la librairie. Un coup d’œil sur les nouveautés. Rien qui ne m’interpelle. Le recueil des travaux de François Bon sur le net. Peut-être. Difficile de trouver son chemin parmi ce dallage resserré aux couleurs pâles. Sûrement pas le dernier ouvrage - le même chaque rentrée- de ce jeune enseignant originaire d’un centre-ville bourgeois transplanté en banlieue. Déjà aigri. Bienvenue dans la vie réelle.
Je vais peut-être, une nouvelle fois, partir les mains vides. Et puis je devrais plutôt prendre le temps d’écrire. Le dernier Vila-Matas en poche. Paris ne finit jamais. Je lis les 10 premières lignes: « Je suis allé à Key west… ». L’incipit le plus drôle que j’ai lu depuis longtemps. Je le prends. J’écrirai plus tard ou je trouverai le temps pour chaque tache. Le catalan m’a déjà permis de rebondir à plusieurs reprises. Il est libérateur.
Sur le chemin, déjà une idée. Entreprendre l’écriture d’une encyclopédie du papier peint. Un projet important. Nécessité de s’entourer de collaborateurs. Une équipe internationale. En tête, l’ébauche d’un plan. Une première partie historique. Les murs des pyramides. Les fresques de Pompéi. Un nécessaire chapitre technique. Distinguer le papier papier du vinyle . Des cas célèbres. Le plus hermétique: la chambre de Marcel Proust. Le plus lessivable: la salle de bain de marat. Le plus conceptuel: les toilettes de marcel Duchamp. Classer. Établir des hiérarchies. Distinguer le papier figuratif du papier géométrique. Établir un panorama des modes, des époques. La forme, la couleur dominante. Traiter à part la cas des chambres d’enfants. Feuilleter des catalogues. Se souvenir d’une chambre. Des angles où le papier se décolle. Des plafonds où la fresque se gondole. Des morceaux rapidement arrachés. Des trous minutieusement creusés.
Un long et fastidieux travail. M’y atteler immédiatement. Non . Peut-être plus tard.
par Dan Yack
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en chantier


