Rien…puis quelques mots, des paroles échangées, deux ou trois voix, des sons d’abord…qui n’ont pas encore de sens, un mur blanc qui se dresse…plus haut, des ongles bleus électriques sur des talons hauts, le plancher…je suis allongé sur le sol, ah ? Il me semble m’éveiller et je ne me souviens pas m’être endormi…et puis sur le plancher ? Je ne suis pas seul…trois ou quatre personnes, des phrases qui me concernent…il fait nuit, l’espace autour de moi se reconstitue, un verre, une conversation…je n’étais pas bien, comme une vague qui monte en moi…je me dirige vers la salle de bain et puis plus rien…et me voilà allongé sur le sol…j’ai du tomber, perdre connaissance…je ne souviens pas avoir saisi la poignée de la porte de la salle de bain…perdu connaissance, comme un jeu de construction qui s’écroule,de l’intérieur comme s’il implosait, laissant de multiples morceaux éparpillés…avec moi sur le sol, et je m’efforce à présent de le reconstituer pièce après pièce…une voix, des talons hauts et des ongles… bleus électriques…
par Dan Yack
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en chantier
Parfois
J’aimerais donner un nom aux feuilles
encore vertes suspendues aux arbres
ou en voie de décomposition allongées sur le sol
J’aimerais me souvenir du nom des gouffres et des ruisseaux
des montagnes et des plaines
J’aimerais reconnaître le chant d’un oiseau la couleur d’un insecte
J’aimerais être capable de distinguer les herbes
qui adouciront mon sommeil
ou qui supprimeront mes douleurs
J’aimerais mesurer la puissance d’une cascade
ou la vitesse d’un glacier
J’aimerais avoir l’usage des notes que chantonne
le vent dans les branches
la pluie sur la mousse
mais je ne suis qu’un faune aphone
qui se cache derrière un bouquet de fougères pour observer
sous la lune
une fée endormie
par Dan Yack
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fantaisies

La lune me regarde
La paupière un peu lasse
Pierrot
Les mains enfouies dans ses mitaines
Sous le métro aérien
Sur le trottoir les panneaux s’éventent
Dans tous les sens
Les colonnes Morris
Entament un pas de danse
Sous le métro aérien
Au carrefour les autobus
Se font des politesses
Les autos en cortège
S’impatientent
Sous le métro aérien
Dans le canal
Pierrot jette sa canne à pêche
Dans les poches pas d’or
Que des cailloux
Sous le métro aérien
Un chocolat chaud
Fume sur le quai
Je ferme les yeux
Me glisse entre deux eaux
Sous le métro aérien
Les feuilles piquent un fard
Accrochées aux branches
Pour le trésor
Prendre les correspondances
Sous le métro aérien
par Dan Yack
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fantaisies
Le 249 est un bus qui relie Dugny à la Porte des Lilas, ou inversement. Il traverse La Courneuve, Aubervilliers et Pantin, entre autres ; une autoroute,deux nationales, un parc départemental et j’en passe. Autrement dit, il ne faut pas trop se fier aux horaires affichés dans les abribus. Et, à moins d’envoyer sur orbite un satellite chargé de mesurer l’importance des encombrements qu’il rencontre sur sa route, le nouveau système d’affichage électronique ne nous est pas, non plus, d’un grand secours.
Je travaille à proximité d’Église de Pantin, ce qui veut dire que, lorsque je le prends, le 249 est déjà passé au travers du carrefour des Quatre chemins et a déjà franchi le canal de L’Ourcq et la nationale qui conduit jusqu’à Meaux. Je le prends donc en bout de course, quand je suis fatigué et que je ne suis pas pressé.
Aujourd’hui, c’était le cas. La nationale était encombrée, comme tous les jours en fin de journée, mais je n’ai pas trop attendu. Le bus est encore assez chargé -des noires courageuses, les sacs remplis de denrées exotiques achetées aux Quatre chemins, des casquettes et des bonnets, casques mp3 vissés sur les oreilles, des poussettes, des boulots un peu flapis par la journée de travail- lorsque j’y grimpe en me glissant pas trop loin de la sortie.
Je suis debout. J’ai le même mal de ventre depuis plus d’une dizaine de jours. Au départ, j’incriminais le couscous que m’avait cordialement offert le voisin pour fêter la fin du ramadan. Il faut dire que j’en ai mangé pendant près d’une semaine.
Ce n’est pas très douloureux mais dérangeant, au point de me réveiller une ou deux fois par nuit. J’ai l’impression que ça remue à l’intérieur, que l’intestin serpente, presque cognant contre mon ventre. J’appréhende le regard des autres passagers. Un barbu, à quelques centimètres, heureusement trop absorbé par la lecture d’un gratuit. Je n’ose pas porter mon regard vers des voyageurs plus éloignés. Peur qu’ils me dévisagent, qu’ils me jugent. Ce matin, j’ai avalé un pansement gastrique, mais il ne fait plus d’effet à présent. Ça semble lentement me grignoter à l’intérieur, par fines bouchées, en mâchant avec soin. Ça prend son temps. Je ne sais comment il est rentré ni par où. J’ai parfois des moments d’inattention ou de faiblesse. Trop enthousiaste. Quand ça arrive un soir, après un repas, ou le matin avant de déjeuner, je me dis que c’est l’histoire de quelque heures au plus ; le mal va disparaître au bout d’une bonne nuit, après un peu de repos. Mais ça fait plus d’une semaine que c’est là. Parfois,j’oublie, lorsque je suis occupé. Mais là, la journée terminée, je suis seul dans le 249. On a dépassé le cimetière, on longe les briques rouges de la cité des Pommiers (une ancienne cité jardin). Le bus a quelques difficultés pour grimper jusqu’au Belvédère. Dans une poussette, une petite fille me regarde, semble s’interroger. Elle a des yeux noirs, profonds et les cheveux légèrement ondulés. Son regard me soulage un peu . J’aimerais, mais je ne peux pas lui parler, alors je lui tire la langue et elle ne bouge pas , mais ses yeux semblent briller. C’est un sourire. Mes yeux se dérobent.
par Dan Yack
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au nord
Il n’est pas d’une grande originalité de dire que le monde virtuel transforme notre conception de l’espace, qu’il réduit considérablement les distances. On peut aussi constater qu’il modifie sensiblement, sans que parfois l’on ne s’en rende compte, notre perception du temps. Et surtout, il modifie, en conséquence, les relation inter-individuelles en accentuant, ce qui n’est d’abord qu’un trait de caractère, le sentiment général d’impatience.
Prenons quelques exemples. L’actualité a longuement évoqué le rachat à prix fort de YouTube par Google. De quoi nous parle-t-on ?De la possibilité, certes, de pouvoir diffuser à un public plus large les premiers pas de Bébé ou les fesses de sa petite amie. Mais surtout, du désir que l’on a de voir ou revoir l’épisode X de son feuilleton préféré sans attendre le jour et l’heure de diffusion prévus par une chaîne de télévision. Dans le même ordre d’idée, nous sommes de plus en plus nombreux à ne pas attendre que tel musicien veuille bien sortir en France sa dernière œuvre, nous l’acquérons directement dans une boutique en ligne de son pays d’origine.
Plus intéressant est le cas des sites de rencontres. De quoi s’agit-il ? On relie virtuellement, dans un espace relativement ouvert, des hommes, des femmes qui ont pour point commun de savoir que ceux qu’ils peuvent avoir virtuellement en ligne sont approximativement à la recherche de la même chose qu’eux. Ils ont des goûts divers, des attentes spécifiques, mais ils savent que la virtualisation de tous ces profils donne à leur quête plus de chance de réussir. Pas de recherche inutile, de faux pas ,de temps perdu : je sais ce que tu veux, tu sais ce que je veux, tu me plais, ton niveau d'étude, ton salaire me conviennent, alors entamons une relation. Ce qui est amusant, c'est que la seule incertitude réside dans les capacités sexuelles de l'un et de l'autre.
Néanmoins, la vraie mise en relation s'effectue dans la vie réelle, et surtout rien n'empêche les utilisateurs de ces sites de rencontrer d'autres personnes dans la rue, sur leur lieu de travail ou dans une soirée. Quel sera le comportement de l'usager de ces sites confronté à une rencontre que l'on va qualifier de traditionnelle ? Pourra-t-il supporter l'attente inhérente au jeu de la séduction, l'incertitude ? A-t-elle déjà quelqu'un ? Est-il à la recherche de quelqu'un ? Habitué au prêt à consommer (imaginez un spectateur de Matrix ou de Xmen qu'on obligerait à faire une cure avec la collection complète de derrick), pourra-t-il ou elle s'y faire ?
par Dan Yack
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en chantier


